Entre l'âge de 12 et 13 ans, au hasard du tumulte de la vie amoureuse de m'man,
petit frère et moi** avons
habité un village, à environ 5 km de mon lieu de résidence actuel. A l'exception des chamailleries incessantes de ma mémé et de beau-papa (qui consommait allègrement avec le client), la vie était
heureuse pour nous, dans le bar tenu par m'man et Picolo-Picolette.
Nous avions les plus grandes chambres que nous n'avions jamais eu, et profitions de la quiétude de cette petite bourgade. Au programme : jeux avec nos petites voisines, vélo, patin à roulette...
Une vraie vie d'enfants, libres.
Libre, tout est relatif ! Parce qu'à cet âge, on doit malheureusement subir les échecs de nos parents. Ce qui signifia pour nous un retour brutal dans ce quartier lugubre que nous avions quitté
quelques années auparavant, avec un bonheur qu'on croyait naïvement éternel.
Premier choc. Fini les jeux insoucients : plus de vélo (trop dangereux), plus de sorties avec les petits voisins sans surveillance (inenvisageable pour qui a des parents responsables).
Petit frère et moi gardons et garderons longtemps un souvenir ému de cette période révolue et de l'endroit que nous avons été contraint d'abandonner.
Ta blogueuse préférée, une fois adulte, reprends en partie le contrôle de sa vie. Je dis en partie parce que je suis suffisamment lucide pour savoir qu'on ne fait pas toujours ce que l'on veut...
Et me revoilà donc plus de 25 ans après, de retour dans la région.
Lorsque je retourne pour la première fois dans le charmant petit village, il me semble minuscule ! Le bar est toujours là. Les nouveaux propriétaires ont un peu changé la façade : ça ne me plait
pas du tout... Je n'entrerai pas et n'entrerai jamais. J'ai peur qu'ils aient, avec leurs goûts douteux, abimé mes souvenirs. Notre ex-estaminet restera pour toujours comme dans ma mémoire : même
jukebox, même tables, même comptoir. Et je ne veux même pas imaginer qu'ils aient pû transformer ma chambre !
Il y a là bas, chaque année à la même période, une foire à tout. Si je l'ai râtée l'an passé, j'en reviens aujourd'hui avec une jupe et une veste en jean pour la modique somme de 6 €. Je devrais
être contente... Mais ma journée a été gâchée.
Deuxième choc et pas des moindres : fini "La J*******" ! Une épicerie a pris sa place, faisant au passage une concurrence déloyale à la boulangerie qui proposerait quelques essentiels.
Devant le constat, les larmes me montent la gorge et dans les yeux. Je tente de me ressaisir en me persuadant que finalement, c'est très bien pour les autochtones qui ne seront plus obligés
de prendre leur voiture pour une boîte de raviolis.
Mais rien à faire... je retourne à ma voiture effondrée, mon trouble et mon chagrin cachés par mes lunettes de soleil. C'est terrible, on m'a arraché un de mes plus beau souvenir d'enfance. Je
pourrais presque dire l'unique, sans jouer les Causette.
Puisque rien ne m'y oblige, je crois que je ne retournerai plus jamais là-bas...